UBATS-HORSPISTES

le Musée-trésor de l'Eglise de Luz

Le musée-trésor de l’église de Luz-Saint-Sauveur a récemment fait l’objet d’un rafraîchissement bien nécessaire. Présentation du musée, histoire du trésor et de la chapelle Notre-dame de Piéta dont la datation a pu être revue grâce à la découverte de fresques.

 

L’église à la fin du XIXe siècle ou au début du XXe siècle, photo du Vicomte Henry de Lestrange, © RMN.

 

 

 

Assoupi depuis des années dans la très belle chapelle votive baroque contiguë à l’église, le trésor que possède l’église de Luz a récemment fait l’objet d’un rafraîchissement bien nécessaire. Avec le trésor de l’ancienne abbaye de Saint-Savin et celui de Sarrancolin (vallée d’Aure), le trésor de l’église de Luz est le témoin dans les Hautes-Pyrénées de ces ensembles précieux composés d’objets nécessaires à la célébration du culte et d’offrandes.

 

Si les guides touristiques du XIXe siècle parlent plus volontiers de musée de l’église de Luz, l’appellation « trésor » semble plus appropriée, car les objets présentés sont encore en usage pour certains d’entre eux. L’origine de l’ensemble que nous voyons aujourd’hui est difficile à déterminer, même si notre connaissance sur l’histoire du bâtiment est assez précise[1]. La simple petite église romane des origines fut achevée en 1200, sous le patronage de la famille noble de Saint-André. De nombreuses inscriptions anciennes nous rappellent les événements qui marquèrent l’église : enterrement d’un nourrisson de famille noble en 1236 dans un tombeau richement orné (encore en place), et nouvelle dédicace de l’église en 1240. Au XIVe siècle, l’église se mua en une véritable forteresse, sous l’impulsion des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem (aujourd’hui Croix de Malte) à qui elle avait été donnée par les valléens. Les Hospitaliers possédaient déjà deux hospices, l’un à Héas, l’autre à Gavarnie. Conformément à leur vocation de moines-soldats, ils entreprirent des travaux de fortification afin de lutter contre les Miquelets, ces bandits aragonais qui opéraient des razzias dans la vallée. Luz était en effet un nœud d’échanges commercial avec l’Espagne par Gavarnie, et se trouvait sur un chemin secondaire du pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle. La tour fortifiée dite « de l’horloge », accolée à la chapelle de la Piéta, pourrait dater de l’origine de l’église. Une fourchette de datation est donnée par son type de construction – sa base est pleine – qui se rencontre jusqu’au XIVe siècle[2].

 

 

 

L’inventaire de 1444

 

Peu d’églises peuvent produire un inventaire de leurs biens comme celui que nous possédons pour Luz, conservé dans les archives du notaire Pierre Dabadie de Luz, qui date de 1444[3]. La liste des « biens, choses et ornements » de l’église Saint-André de Luz livre bien des informations. Elle inclut les objets possédés par l’église Saint-André, y compris ceux dits de la « capera » (la chapelle) et ceux de l’église Saint-Pierre, aujourd’hui disparue. Il est plusieurs fois fait référence à « la chapelle », notamment pour des objets aussi volumineux que des bières en bois dans lesquelles on transportait les corps morts entre la maison, l’église et le cimetière. Ce détail permet d’exclure une des chapelles des absidioles – trop exiguë pour que l’on y range de tels volumes – au profit de la chapelle dite de Notre-Dame de Piéta, dont on a longtemps cru qu’elle avait été édifiée en ex-voto à la suite d’une épidémie de peste noire, sévissant dans la vallée en 1650. Cette donnée viendrait ainsi confirmer ce que la découverte en 2001 de fresques dans la chapelle de Notre-Dame de Piéta, datant du XVe siècle, avait déjà laissé supposer.

 

On distingue généralement dans les trésors d’églises « l’ornamentum », c’est-à-dire tout ce qui sert à la décoration de l’édifice et le « ministerium », c’est-à-dire tout ce qui sert à la célébration du culte[4]. L’inventaire de 1444 ne décrit que le « ministerium » de l’église ; il fait état de diverses cloches et sonnettes, de livres dont des missels, des évangéliaires et des lectionnaires utilisés selon les circonstances pour les fêtes des saints, les dimanches, les messes des morts. Il détaille également des habits liturgiques complets – comprenant chape, chasuble, étole, et en diverses matières (soie, lin, drap) –, de la vaisselle liturgique comme des vases d’étain pour les baptêmes, des calices et patènes d’argent, des plats de quête en cuivre, des custodes dont certains conservant des reliques de la vierge et d’ « autres saints ». D’autres objets servent à la célébration du culte, des encensoirs, et des croix de plusieurs tailles. On mentionne quelques bières avec linceuls et couvertures, pour assurer le transport du corps entre la maison, l’église et le cimetière ; enfin, on y donne une liste d’armoires, dont certaines (graces) servant à la conservation du blé. Parmi les objets ou les pratiques étonnants, on notera cette très curieuse roue de métal avec 13 clochettes mises en branle lors de l’élévation et cette pratique de promener à travers la ville une statue de « notre seigneur » portant une clochette.

 

Malgré la précision de l’inventaire, aucun de ces objets n’est identifiable dans l’ensemble conservé aujourd’hui. Les statues ne font pas partie des objets mentionnés, et aucune vaisselle ne remonte à cette période. Seul un plat de quête en cuivre décoré d’un cerf, symbole du Christ, pourrait appartenir à cet inventaire, mais l’affirmation est difficile.

 

 

 

Un trésor caché

 

 

 

Statue du Christ en croix, retrouvée au XIXe siècle sous un escalier. Photo Eric Bielle.

 

 

 

 

Quelques siècles plus tard, le musée qui apparaît mentionné dans les ouvrages à usage touristique du XIXe siècle a plutôt une vocation ethnologique et historique. C’est par les armes qu’il semble naître. La première mention d’objets conservés à l’usage des visiteurs se trouve dans le « Voyage archéologique et historique dans l’ancien Comté de Bigorre » de Cénac-Moncaut publié en 1856. La visite de l’église s’accompagnait de celle de l’étage de la tour dite de l’arsenal où se trouvaient, nous dit Cénac-Moncaut, des armes et autres objets à vocation défensive, conformes à la destination de la tour, seule entrée jusqu’en 1865 dans l’enceinte fortifiée de l’église. Le guide Joanne, dans son édition de 1862, est plus précis dans son descriptif et parle pour la première fois de « petit musée pyrénéen » situé à l’étage de cette même tour ; outre le matériel de guerre déjà évoqué, sont cités plusieurs objets que l’on conserve aujourd’hui encore : « un christ en bois (XVIIe siècle), trouvé sous un escalier ; un calice et un encensoir d’argent, découverts, il y a environ cinquante ans, dans l’ermitage de Saint-Pierre ; une statuette d’albâtre (XVe siècle), représentant probablement un saint Michel terrassant le dragon. » Ce petit musée présentait une collection hétéroclite d’objets devenus inutiles, alors que les objets du trésor, restant en usage, étaient conservés ailleurs.

 

 

 

Saint Michel ou saint Georges terrassant le dragon, statuette d’albâtre sans doute partie d’un retable, école anglaise ? 15 cm. env., XVe siècle. Photo Laure Latanne-Bey.

 

 

 

Parmi ces derniers, figuraient certainement les vêtements liturgiques, qui représentent toujours une part importante dans tout trésor d’église. Celui de Luz compte aujourd’hui un ensemble de belles pièces des XVIIIe et XIXe siècle, comprenant des aubes en dentelle fine, plusieurs chasubles en soie et en satin damassé et entièrement brodées. Une pièce d’exception figure parmi cet ensemble de paramentique, c’est une chape certainement confectionnée à partir d’une robe de mariée du XVIIIe siècle en soie brodée d’un semis de fleurs, car il était de coutume autrefois que la mariée donnât sa robe au prêtre. La chape a été complétée par une broderie plus récente. Quelques étoles enfin, qui datent du XVIIIe ou XIXe siècle.

 

On peut ajouter à cet ensemble, un rare voile de calice du XVIIe siècle en soie dévorée, brodée avec des fils de couleurs et des fils d’argent. Au centre est brodée la figure du Christ. Cette pièce de tissu servait à porter le calice.

 

 

 

Voile de calice, soie dévorée, brodée de fils d’argent. Photo Laure Latanne-Bey.

 

 

 

La constitution du trésor est également le reflet de l’histoire du goût puisqu’on peut attribuer à des périodes précises l’enrichissement du musée en certaines œuvres.

 

 

 

 

Le rôle de la vogue pyrénéiste dans l’enrichissement du trésor

 

La richesse actuelle du trésor de l’église de Luz a certainement bénéficié de la vogue pyrénéiste au XIXe siècle et du thermalisme de luxe. Le pittoresque de l’église n’a échappé à aucun œil d’artiste, et on trouve ce monument reproduit dans tous les albums de voyages aux Pyrénées. Artistes anglais et français rivalisent dans le rendu de l’architecture moyenâgeuse cernée de pics enneigés, dans le chamarré des costumes locaux ou bien dans la sévérité un peu mystérieuse de ce lieu tenu, croyait-on, par les templiers. La station thermale de Saint-Sauveur, à deux pas de Luz, accueillit aussi bien les grands personnages, dont l’empereur Napoléon III, que les brillants esprits, comme Victor Hugo ou Georges Sand. Victor Hugo s’attarde d’ailleurs à l’église de Luz, dont il laisse une description et quelques vers, dans lesquels souffle le vent du romantisme : « J’ai tourné autour, entre l’église et le mur crénelé. Là est le cimetière, semé de grandes ardoises où des croix et des noms de montagnards creusés avec un clou s’effacent sous la pluie, la neige et les pieds des passants.[5]» Les duchesses d’Angoulême (1823) et de Berry (1827) offrirent de somptueux présents à l’église de Luz, pièces d’orfèvrerie du XVIIIe siècle pour l’une (ostensoir et burettes en argent) et tableaux pour l’autre, dont la reproduction d’une Annonciation peinte par Louis Boulogne le jeune pour la chapelle du château de Versailles sur commande du roi Louis XIV en 1708-1709, et qui fut si célèbre en son temps qu’elle fut très souvent copiée. Le duc de Nemours (1846), second fils de Louis-Philippe, se distingua par le cadeau d’un très beau lustre, suspendu aujourd’hui dans la chapelle du musée.

 

 

 

J.Jacottet, départ pour le pic du Bergons. Touristes, artistes et paysans se mêlent au pied de l’église, lieu de rendez-vous de toute la société pyrénéiste. © bibliothèque municipale de Bagnères-de-Bigorre.

 

 

 

 

 

 

Le Musée-Trésor de Luz : un conservatoire de l’art pyrénéen

 

Comme tout trésor, celui de Luz est devenu un conservatoire de l’art, ici de l’art pyrénéen, et un témoin privilégié des grandes époques où l’art a pu s’épanouir pleinement dans ces vallées. Deux périodes ont essentiellement marqué l’art religieux haut-pyrénéen : le Moyen Age et la période baroque.

 

 

 

L’art médiéval a laissé son empreinte à travers ses multiples représentations de la vierge. C’est sans doute au tournant du XIXe siècle que le sauvetage de pièces médiévales d’exception permit au musée-trésor de s’enrichir. La vierge romane en est un des joyaux. La statue fut trouvée dans une église de la vallée de Barèges par M. le chanoine Maréchal, curé-doyen de Luz. C’est une vierge assise à l’enfant, en bois polychrome, datant du début du XIIIe siècle. Elle représente le trône de la Sagesse, tenant l'enfant-docteur au livre fermé, couronné, assis entre les jambes, dans l'axe du corps de sa mère. Ce type de représentation remonte aux premiers temps du christianisme, d’influence byzantine et dit l’attachement de ces vallées pyrénéennes pour les formules préromanes. On retrouve ce type de vierge à l’ancienne abbaye de Saint-Savin toute proche.

 

 

 

Vierge à l’enfant romane, XIIIe siècle. Photo Eric Bielle.

 

 

 

 

 

Du XIVe siècle date la vierge à l’enfant à la posture « déhanchée », typique du maniérisme gothique dit « international ». Sa polychromie d’origine a été recouverte par une dorure plus tardive. Du XVe siècle, nous et parvenu une partie seulement – la vierge tenant le livre – de ce qui dût être un ensemble représentant sainte Anne enseignant à la vierge, selon une représentation classique. De la fin du Moyen Age encore, date une œuvre exceptionnelle, une piéta, c’est-à-dire la mère du Christ tenant son enfant mort dans ses bras. Ce thème chrétien de souffrance et de mort est cher à la sensibilité des années 1350-1500, très marquée par de graves épidémies de peste noire et par la guerre de Cent Ans. La robe que revêt la vierge tombe en larges plis dans le style du gothique Bourguignon. L’origine de cette statue intrigue, peut-être fit-elle l’objet d’un don de la part d’un riche pèlerin ?

 

 

 

 

 

 

 

En 1858, Hyppolite Taine traverse les Pyrénées et s’arrête à Luz. Là, à l’intérieur de l’église, il s’énerve devant la décoration baroque de l’abside en décriant « les gens [qui ] ont au fond du cœur je ne sais quel amour du ridicule et de l’absurde qui réussit à tout gâter », et de décrire la voûte d’azur lessivée, les étoiles salies, les « petits chérubins rouges, cravatés d’ailes ». Puis il passe dans ce qu’il appelle « l’autre nef », et que nous sommes portés à identifier à la chapelle Notre Dame de Piéta. Ainsi, décrit-il « dans l’autre nef, on voyait la figure du soleil, avec les joues rondes, les sourcils en demi-cercle et l’air bête qu’il a dans les almanachs. L’autel était chargé d’une profusion de dorures ternies, d’anges jaunâtres, de visages niais et pileux comme ceux des enfants qui ont trop dîné. Cela prouve que leurs cabanes sont fort tristes, fort nues et fort ternes. Au sortir de la boue, on aime la dorure. »

 

Cette critique acerbe est tout aussi intéressante pour l’histoire du goût que pour la description d’un retable qui a disparu aujourd’hui. Il pourrait s’agir du retable encore en place de Brunelo, aujourd’hui reconnu comme une des figures majeures de l’art baroque religieux dans les Hautes-Pyrénées. Ce retable avait été commandé pour l’église vers 1710-1720[6], puis transféré dans la chapelle. Celui de la chapelle, commandé aux Soustre, a disparu aujourd’hui. Il ne nous reste à ce jour qu’une partie du retable de Brunelo, le tabernacle et quelques statuettes en bois peint et doré appartenant au trésor.

 

Le retable de Luz se compose de deux ensembles d’époques différentes. La façade elle-même est du XVIIIe siècle, remontée et repeinte en 1876. Lors de la restauration de 2001, on découvrit cette inscription : « 16 décembre 1876 Fait par Emmanuel peintre demeurant à Pierrefitte âgé de 52 ». L’élimination de la couche picturale du XIXe siècle a permis de retrouver la polychromie d’origine, ainsi que les deux peintures représentant l’ange de l’annonciation (à droite) apparaissant à Marie (à gauche), qui encadrent la grande toile figurant saint Roch guérissant un pestiféré, copie d’une toile de Percier. Le tabernacle est une œuvre de l’atelier de Jean Brunelo et date des années 1710-1720.

 

 

 

 

Le retable avec la façade du XVIIIe siècle, de style dorique, et le tabernacle de Jean Brunelo, 1710-1720. Au premier plan, une piéta en bois sculpté du XIXe siècle, signé Laroque.Photo Laure Latanne-Bey.

 

 

 

D’autres sculptures sont venues compléter la collection baroque du musée-trésor. Ce sont des pièces exceptionnelles, sorties de leur contexte, car nous ne connaissons rien de leur provenance, don ou collecte auprès d’un sanctuaire proche ? C’est en premier lieu un bas-relief en bois doré représentant des putti dansant au milieu de rinceaux de fleurs et de fruits, puis trois reliefs qui pourraient appartenir au même retable dédié à la vierge, l’un représente sainte Catherine, les deux autres relief retracent les épisodes de la vie de la vierge, l’Annonciation et la Nativité. Enfin, parmi les pièces baroques d’exception, le musée conserve un rare tabernacle en bois sculpté et doré, datant des années 1630-1640, un des premiers tabernacles réalisés après les directives du Concile de Trente. Il est non seulement rare par sa forme en demi-cercle que par ses sculptures représentant un ciboire sur la porte et des têtes d’anges.

 

 

 

Bas-relief doré orné d’enfants et de guirlandes de fleurs, XVIIIe siècle, Elément décoratif de choix d'un meuble disparu. Photo Eric Bielle.

 

 

 

Deux œuvres exceptionnelles se placent entre ces deux périodes. C’est tout d’abord un Christ en croix dont il manque les bras. On le date entre la fin du XVIe siècle et le début du XVIIe siècle. Œuvre majeure du trésor, à la fois par la majesté de son beau visage empreint de souffrance contenue, et par la plastique de son corps. C’est ensuite un saint Jacques, en bois, très mutilé. Son usure laisse penser qu’il était placé à l’extérieur. L’aimable beauté de son visage renvoie aux meilleures sculptures classiques du XVIIe siècle, et nous regrettons un peu moins la perte de sa polychromie et de quelques parties de son corps en considérant la chance de pouvoir l’admirer encore. Luz se trouvait sur une voie secondaire du pèlerinage pour Saint-Jacques-de-Compostelle, mis aussi pour le pèlerinage à Héas, et sur la route de Gavarnie, dont la chapelle était connue pour ses reliques[7], et conserve encore la statue de « Notre Dame du Bon Port », chargée de protéger les voyageurs passant par le col. L’église de Luz possédait aussi en 1444, nous dit l’inventaire, des reliques de la Vierge et d’autres saints. Au Moyen Age, les reliques étaient le moyen incontestable pour les sanctuaires d’attirer les pèlerins, la notoriété, et l’argent qui va avec… On ne sait ce que sont devenues ces reliques, peut-être dispersées à la Révolution, mais le trésor a renoué avec la tradition et possède aujourd’hui une belle croix en argent ouvragé du XIXe siècle, qui contient la relique d’un morceau de la vraie croix.

 

 

 

Saint Jacques, bois, XVIIe siècle.Photo Laure Latanne-Bey.

 

 

 

Nous avons déjà évoqué plus haut quelques pièces maîtresses de ce musée-trésor, mais il en est une très curieuse qui intrigue le visiteur. C’est le tableau de la Trinité, qui représente Dieu le Père avec trois visages. Cette façon de figurer la Trinité a par la suite été considérée comme hérétique, ce qui en fait une œuvre rare.

 

 

 

Plusieurs objets d’orfèvrerie, comme des encensoirs, des calices et patènes, mais aussi des tabernacles, des croix, des livres, des lanternes de procession et des statuettes se sont accumulés dans le trésor. Le choix d’exposer des pièces exceptionnelles, ainsi que le manque de place, a conduit à ne pas exposer tous les objets du trésor.

 

Il en est une dernière qui, bien que ne présentant pas de qualité artistique, offre toute la saveur de l’art populaire. Ces vallées des Pyrénées sont en effet un réceptacle privilégié de l’art populaire, souvent de facture simple et rustique, reprenant des modèles ancestraux, imperméables aux nouveautés venues des grands centres d’échanges bien trop éloignés. Le musée conserve ainsi un petit bénitier portatif décoré d’une vierge à l’enfant tenant un rameau de fleurs : lys, déformés ici, symboles de pureté, ou bien une carline, qui orne parfois encore les portes des maisons de montagne ?

 

 

 

 

 

A une époque indéterminée, mais sans doute au début du XXe siècle, le musée fut transféré à la chapelle de la Pietà, magnifique écrin baroque. Comme il a été dit plus haut, plusieurs indices permettent de penser que cette chapelle fut édifiée au XVe siècle, et largement remaniée au XVIIe. En 2001, lors de la restauration de la chapelle, des fresques furent découvertes sous le retable. Elles sont datées du XVIIe siècle (voir la décennie 70 inscrite sur la fresque à droite). Un morceau de fresque du XVe siècle a été mis au jour sous la couche du XVIIe siècle. Cette découverte très rare dans la vallée éclaire d’un jour nouveau son passé artistique. La présence de ces peintures est exceptionnelle et permet de nuancer un jugement qui tendait à croire que les églises de cette vallée étaient dénuées de fresques peintes, en comparaison avec les églises des vallées d’Aure et du Louron, si riches en fresques religieuses.

 

 

 

 

 

La fresque est cachée par le retable remonté, mais par deux portes ménagées dans le retable, on peut encore contempler une partie des fresques du XVIIe et du XVe siècles. Ici, détail de la fresque datant de 1670. Un évêque portant la croix de Malte sur son étole, à côté de Marie-Madeleine, regarde la crucifixion. Photo Laure Latanne-Bey.

 

 

 

Relevé de la fresque telle qu’elle est apparue sous le retable. En rouge, partie du XVIIe siècle ; en bleu, partie du XVe siècle. Cette composition mêle peinture et sculpture, car le soleil est en réalité une niche creusée dans laquelle devait se trouver une statuette. Le retable d’origine devait former un parfait arc-de-cercle. © Laure Latanne-Bey.

Article de laurelatb@yahoo.fr?subject=Article%20mus%C3%A9e%20tr%C3%A9sor%20sur%20le%20site%20de%20la%20paroisse" _fcksavedurl="mailto: ?subject=Article%20mus%C3%A9e%20tr%C3%A9sor%20sur%20le%20site%20de%20la%20paroisse'; document.write(''); document.write(addy_text5588); document.write('<\/a>'); //-->\n">Laure Latanne-Bey.

 

 

 

 

 

[1] LAPORTE (Abbé J.), « Les Templiers ou les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem à Gavamie et à Luz ? », Revue des Hautes-Pyrénées, 1928, p. 178-188 ; 201-209.

 

[2] Lors des travaux à la fin du XIXe siècle, l’abbé Abadie avait relevé ce détail de la construction, confirmé par des sondages réalisés lors des travaux de restauration en 2001 par l’architecte des Monuments Historiques.

 

[3] LAPORTE (Abbé J.), « Inventaire des biens et ornements de l'église de Luz fait en 1444 par les

obrès ou marguilliers de cette église... », Revue des Hautes-Pyrénées, 1919, p. 88-92.

 

[4] GEORGE (Philippe), « Définition et fonction d’un trésor d’église », Bulletin du Centre d'études médiévales d'Auxerre, 9 (2005),http://cem.revues.org/document719.html

 

[5] HUGO (Victor), Alpes et Pyrénées, Paris 1907.

 

[6] Communication de Françoise LEGRAND (d’après des textes d’archives), juillet 2008.

[7] MARSAN (Abbé F.), « Reliques de l'église Sainte-Madeleine de Gavarnie, en 1710 », Revue des Hautes-Pyrénées, 1910, p. 156. Extrait d'un procès-verbal de visite en 1710 par le commandeur de Boudrac, citant les nombreuses et diverses reliques conservées à l'église de Gavarnie, dont deux guérissaient la rage chez les hommes et chez les animaux.

 

 

 

Dernière mise à jour : 26 mars 2018